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Des fragments extraits de Glisser une main entre les jambes du destin (Asinamali, 2ème éditions, 2019). Les photos de l’article montrent des œuvres du street artist athénien Achilles.

 

 

Nus, exacts. Devant la charité de la pensée. Nous faisons violence aux mots. Aux jolis mots, surtout. Nous considérons d’ailleurs l’écriture comme une sorte d’hématome. Ainsi, nous habillons bien chaque mot et nous en baisons le sens jusqu’à la faire jouir dans nos corps : la mise à mort de la poésie et sa renaissance en tant que volonté et mouvement au sein de l’entente.
Il ne s’agit pas de renverser les idées que nous avons du corps, mais d’avoir un corps pour chaque idée. Un pont de pensées entre corps et corps, jeté vers l’expérience du toucher ou sur le contact dans l’expérience. Voilà. Risquer des cajoleries. Se maintenir en équilibre sur le fil de l’idée de l’autre. Glisser une main entre les jambes du destin. Le pont est l’énergie – c’est l’horizon des événements qui passe de ma bouche à ta pensée, de ta pensée à ma bite, de ma bite à tes yeux et de nos mains à la terre.

Je me souviens des premiers temps. Ta lingerie rouge et noire, provocante. Pour moi, c’était comme te voir uniquement vêtue d’anarchie. Le monde que nous connaissions trouvait sa subversion dans cette chambre, dans cet espace dorénavant sans monde, vers lequel nous attirait la fascination d’un seuil, d’un transit. (…)

 

 

L’amour ne se raconte pas, l’amour ne peut se perdre dans le pouvoir qui le raconte. Que pourrait-on brider ? Quelle nostalgie de la chair pourrait justifier l’asile des corps dans un récit ? (…)

Le déferlement de la nature, dans un monde désormais sans genèse, dicte les soubresauts qui rythment le sens. La lecture du corps s’ouvre à l’ignorance de la mort ; et ici ma bite, telle une sorte de marque-page improvisé, échouera sans cesse, car l’amour brouille tout à chaque fois. Le récit meurt, chaque récit de la tempête meurt. Dans le domaine de l’amour, c’est toujours une vague – une seule et unique vague – qui décide pour la mer entière. (…)

J’adore te voir à quatre pattes, à moitié nue, qui me nargues en me regardant. J’adore cette position. Et tu le sais, tu fais exprès de te mettre sur le canapé ou sur le lit, fion en l’air. Ton injonction tacite n’a aucune légitimation, hormis la volonté de m’émoustiller et de m’amuser.
Le mot « liberté » n’est pas assez ouvert pour donner le sentiment de cette exposition, de cette volonté. Ton corps demeure un corps à venir, même dans la présence, même dans le remplissage de mon champ visuel. Je te prends, mais je ne te vole pas, je ne peux te soustraire au devenir de ton cul, de tes aspérités, de ton sens.