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[Testo incluso in: E. Jabès, Le Seuil Le Sable. Poésies complètes 1943-1988, Gallimard, 1990, pp. 23-27. Traduzione di Carmine Mangone.]

L’ASSENZA DI LUOGO

1956

I

Terra incolta, pagina d’ossessioni.

Dimora è una lunga insonnia
sul sentiero ammantato di cave.

I miei sono giorni-radici,
giogo d’amore celebrato.

Il cielo è sempre da attraversare e
la terrazza va cibata con notti novelle.

Il lutto dei miei passi forma
un’enclave nella chiarità opaca dei muri.

La terra si bagna in
vani occhi di viaggio.


II

Smonto una paziente
orologeria per oracoli.


III

Danzatrici che in sogno si credono sorelle dell’aurora,
ballate un valzer nell’oblio del miracolo con la ruota delle vesti
solari.

Il sentiero non prova pietà per chi
se ne allontana. L’avaro non ha alleati.


IV

(Ma l’ora deve ancora sorgere, l’ora di confine in cui il
falco delle sabbie regna su innumerevoli pupille
spaurite.)


V

Quale voto d’eternità trattiene l’uomo
dalle sue opere quand’è ancora sveglio?


VI

Terra d’oltre-notte che il sole strappa alla
meditazione e alle spine del dubbio.

Il fiore sfoggia un candore sbarazzino. Lo stelo segue
le tracce delle grandi eroine dello spazio.

Il miele cola tra le pietre
che il cemento unirà.


VII

Intorno ai rami, il mondo imita la fame.
In tanti gridano per l’albero, questo dio profumato da
piantare, da piegare con un girotondo di magie.

Si è intruppato il
succo. La scorza non ha più valore.

I miei segreti sono frutteti.
Il mistero è senza malizia.

L’amore mio, una rosa tra i capelli,
è messaggio dell’uomo e della terra.



* * *



L’ABSENCE DE LIEU

I

Terrain vague, page obsédée.

Une demeure est une longue insomnie
sur le chemin encapuchonné des mines.

Mes jours sont jours de racines,
sont joug d’amour célébré.

Le ciel est toujours à traverser et
la terrasse à nourrir de nuits nouvelles.

Le deuil de mes démarches forme
enclave dans la clarté opaque des murs.

La terre baigne dans de
vaines visions de voyage.


II

Je démonte une patiente
horlogerie pour oracles.


III

Danseuses qui rêvez d’être les sœurs de l’aurore,
valsez dans l’oubli du miracle avec la roue des robes
ensoleillées.
Le chemin est sans indulgence pour qui
s’en détourne. L’avare n’a pas d’allié.


IV

(Mais l’heure reste à naître, l’heure frontalière où le
faucon des sables règne sur d’innombrables prunelles
apeurées.)


V

Quel vœu d’éternité retient l’homme
des ouvrages encore éveillé?


VI

Terre d’outre-nuit que le soleil arrache à
la méditation et aux épines du doute.

La fleur affiche une candeur espiègle. La tige suit
la trace des grandes aventurières de l’espace.

Le miel coule entre les pierres
que le ciment va unir.


VII

Autour des branches, le monde mime sa faim.
Tant de cris pour un arbre, dieu parfumé à
planter, à fléchir par une ronde magique.

On a enrégimenté le
suc. Le cerne n’a plus de prix.

Mes secrets sont vergers.
Le mystère est sans malice.

Mon amour, une rose dans les cheveux,
le message de l’homme et de la terre.